Hier dans le Niolu ont été inaugurés deux hangars recouverts de panneaux solaires. Les premiers d’une longue série qui s’étendra bientôt sur toute la Corse et un projet qui affiche sa volonté de venir en aide aux éleveurs.

La journée d’hier a eu ceci d’ironique qu’un ouvrage produisant de l’énergie grâce au soleil a été inauguré sous une pluie battante qui a heureusement fini par se calmer.

Albertacce dans le Niolu, en fin de matinée. L’exploitation de Ghjuvan Francescu Castellani n’avait sans doute jamais connu pareille foule. Et s’ils étaient nombreux à avoir fait le déplacement, c’est sans doute parce que le moment valait bien que l’on affronte la Scala di Santa Regina.

Sur une parcelle dédiée, deux hangars bardés de bois sont sortis de terre. Ils font chacun plusieurs centaines de mètres carrés et accueilleront les bêtes et le fourrage de Ghjuvan Francescu Castellani. Leur particularité, il faut prendre de la hauteur pour l’apercevoir.

Car ces deux hangars ne sont qu’un échantillon d’un programme beaucoup plus vaste, mené de concert par Corse Énergie Solaire et Amarenco, deux entreprises qui ont fait des énergies renouvelables – et notamment le solaire – le centre de leurs activités.

Paul Cesarini est le cofondateur, avec Marie-Hélène Mattei, de Corse Énergie Solaire. Il raconte : « Nous avions le projet de nous lancer dans le photovoltaïque, mais nous ne voulions pas des champs de panneaux solaires. Nous voulions faire quelque chose en rapport avec l’économie insulaire et nous avons prospecté en ce sens. Dans le Niolu, nous avons trouvé des jeunes qui voulaient rester sur leurs terres et nous avons compris qu’avec notre projet, nous pouvions les aider à poursuivre leur activité, dans une logique d’aménagement du territoire. »

Pour le jeune éleveur qui fêtera bientôt ses 24 ans, bénéficier de ces installations représente un évident gain de temps et d’argent, même si les choses ont mis du temps à se mettre en place : « Au tout début, c’est un ami qui m’a parlé de ce projet, explique-t-il. Puis j’ai rencontré la société, il y a environ quatre ans. »

Un pas vers l’autonomie énergétique

Le deal, c’est la construction des hangars avec panneaux solaires et centrale photovoltaïque, financée à 100 % par un investisseur et pour lesquels Ghjuvan Francescu Castellani a signé un bail de 30 ans.

Pendant cette période, il exploite le bâtiment et l’entreprise, son toit. « Dans 30 ans, précise Paul Cesarini, toute l’installation reviendra dans le patrimoine de l’éleveur. »

« Si j’avais dû construire moi-même ces hangars, il aurait fallu que j’aille voir des banques, que je demande un prêt… Mais grâce à ce projet, je peux me concentrer sur d’autres choses pour mon exploitation, que j’ai créée en 2013. Sans compter qu’il vaut bien mieux produire de l’énergie grâce au solaire que grâce au fioul. » Dans cette opération, Corse Énergie Solaire a joué un rôle de bureau d’études.

Le financement, l’exploitation et la maintenance des bâtiments reviennent à Amarenco, une société irlandaise dont l’antenne française est à Toulouse, productrice d’énergie solaire : « Ce projet en Corse était intéressant parce qu’il y avait une vraie utilité à l’intérieur du bâtiment, soulignent Alain Desvigne et Olivier Carré. En apportant aux éleveurs la capacité d’investir qui leur manquait, nous nous inscrivons dans une démarche pour rendre la Corse plus autonome. »

Il n’en faudra sans doute pas moins pour atteindre l’autonomie énergétique voulue par la Collectivité de Corse en 2050.

En voyant plus près – c’est-à-dire dans les deux années à venir -, les hangars photovoltaïques pour les éleveurs devraient fleurir dans le paysage insulaire. D’ici à 2020, la construction de 330 unités est prévue partout en Corse, à un rythme d’enfer : « Six par mois en ce moment, affiche Paul Cesarini. Nous en avons déjà installé du côté de Vico, en Balagne et dans l’Extrême-Sud. »

Pour Amarenco, l’investissement est de taille : à raison de 200 000 euros hors taxe par bâtiment, l’entreprise dépensera 270 millions d’euros en trois ans.

Pour Corse Énergie Solaire, les choses ne font que commencer : « Nous espérons atteindre d’autres secteurs d’activité », explique Marie-Hélène Mattei.

Une étape de plus dans la – timide – montée en puissance des énergies renouvelables.

Source – CorseMatin